Les Chimères
LES CHIMÈRES

Introduction
El Desdichado
Myrtho
Horus
Antéros YG
Erythréa/Delphica
Artémis
Le Christ aux Oliviers
Vers dorés


Poèmes de Gérard de Nerval (1854)
Juliette Quinet : piano.   Jean-Pierre Brondi : basse,
Yves Gaillard : guitare électrique, récitatifs,
Michel Gaillard : guitare, 12-cordes, banjo, claviers, chant,
Philippe Gerval : flûte traversière
Composition : Michel Gaillard (sauf YG : Yves Gaillard)

© Magis Optis, 1975-1976.


Érythréa-Delfica


Le connais-tu, Dafné, cette ancienne romance,
Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants,
Cette chanson d'amour... qui toujours recommence !

Reconnais-tu le Temple au péristyle immense.
Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents ?
Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
Où du dragon vaincu dort l'antique semence.

Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !
Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ;
La terre a tressailli d'un souffle prophétique...

Cependant la sibylle au visage latin
Est endormie encor sous l'arc de Constantin :
Et rien n'a dérangé le sévère portique.

Colonne de saphir, d'arabesques brodée
Reparais ! Les ramiers pleurent cherchant leur nid
Et, de ton pied d'azur à ton front de granit,
Se déroule à longs plis la pourpre de Judée !

Si tu vois Bénarès sur son fleuve accoudée,
Prends ton arc et revêts ton corset d'or bruni :
Car voici le vautour, volant sur Patani,
Et de papillons blancs, la mer est inondée.

Mahdéwa ! fais flotter tes voiles sur les eaux,
Livre tes fleurs de pourpre au courant des ruisseaux :
La neige du cathay tombe sur l'Atlantique :

Cependant la prêtresse au visage vermeil
Est endormie encor sous l'arche du Soleil,
Et rien n'a dérangé le sévère portique.