Chants gnostico-magiques    
retour

Le chant gnostico-magique des sept voyelles grecques

Les Gnostiques.

Aux débuts de l'ère chrétienne, les Gnostiques, groupe plus ou moins occultiste d'intellectuels chrétiens, nous ont laissé des notations d'incantations sur papyrus. On sait ainsi qu'à Alexandrie, confluent des courants grecs, orientaux, égyptiens, hindous, où fleurissait la magie mystique, les Gnostiques invoquaient leur Dieu à la manière des prêtres égyptiens, c'est-à-dire au moyen de formules vocaliques, mais, se servant du grec, ils les transcrivaient avec les sept voyelles grecques, α, ε, η, ι, ο, υ, ω.

Dans la cosmogonie antique, chaque voyelle correspondait à une des sept cordes de la lyre fondamentale, à une des sept planètes, des sept « sphères » de l'harmonie cosmique où l'on peut reconnaître les sept chakras hindous du microcosme humain.

L'usage des incantations vocaliques était sans doute très ancien en Égypte. On trouve des témoignages de cette pratique incantatoire chez Denys d'Halicarnasse (Ier siècle av. J.-C.), chez Virgile, puis chez Nicomaque de Gérase et Saint Irénée, au IIe siècle ap. J.-C. Au IIe siècle encore, Clément d'Alexandrie fait allusion aux lettres éphésiennes, voyelles incrites sur des phylactères (amulettes) portés par les Chrétiens.

Au IVe siècle ap. J.-C., on trouve des attestations de cette pratique chez Eusèbe et Ammien Marcellin.

L'usage du chant des voyelles se propagea pendant le Moyen Âge. On en retrouve même des traces dans des œuvres alchimistes byzantines comme celle du médecin Myrepsos, au XIIIe siècle.

Démétrios de Phalère, traité De l'élocution, chap. 71.

Démétrios de Phalère (Δημήτριος Φαληρεoς, - 350, - 282), est un orateur athénien et un homme d'État. Il fut l'élève d'Aristote et l'ami de Théophraste. Exilé et réfugié en Egypte auprès de Ptolémée Ier (– 367, – 283), il fonda la Bibliothèque d’Alexandrie et rapporta l’usage des alphabets vocaliques dans ce passage célèbre de son traité De l'élocution :

« En Égypte, les prêtres célèbrent les dieux au moyen des sept voyelles en les chantant à la suite et, à la place d'une flûte ou d'une cithare, le son de ces lettres se fait entendre d'une façon agréable. Ainsi, celui qui évite les rencontres [de voyelles] ne fait absolument rien d'autre que de se priver de la mélodie !  »

Pour plus d'informations, consulter l'intéressante Contribution à l’Étude des alphabets vocaliques et des syllabes dans la pratique des chants liturgiques coptes d'Émile Tadros.

E. Ruelle, Le Chant gnostico-magique des sept voyelles grecques, Congrès international d'histoire de la musique, Solesmes, 1901.

« La publication de M. Leemans, directeur du musée des Antiquités à Leyde, Papyri graeci musei antiquarii publici Lugduni-Batavi, 1885, a fourni une notable contribution à l'étude historique et technique du chant des sept voyelles grecques. Lorsque, en 1887, grâce à la libéralité du savant égyptologue, ce volume parvint à ma connaissance, je fus frappé du grand nombre de groupes vocaliques répandus parmi les feuillets droits du papyrus W. Naturellement, le célèbre passage de Demetrius me revint à la pensée. De plus, traducteur des textes musicaux de Nicomaque de Gérase, je ne pouvais manquer de me rappeler l'allusion que fait cet auteur aux chants "sans consonnes" des théurges. De là ma dissertation publiée en 1888 sur Le Chant des sept voyelles grecques d'après Demetrius de Phalère et les papyrus de Leyde, Revue des études grecques, 1888, p. 38-44. J'y relevai les passages du papyrus W, document gnostico-magique où le texte mentionnait les voyelles et attestait le rôle musical qui leur était assigné. »

Formules musicales des papyrus magiques, recueillies par Élie Poirée, Congrès international d'histoire de la musique, Solesmes, 1901.

Sources multiples

Papyrus de Berlin, ligne 16 ; papyrus de Paris, lignes 919, 2201, 2354 ; papyrus W de Leyde, p.5, l. 41...

α ε η ι ο υ ω


Papyrus de Paris

Papyrus de Paris, ligne 465.

α ι η   ι η α   η α ι   ι α η   α η ι   η ι α

Papyrus de Paris, l. 953.

ι υ   ε υ η ο ω α ε η   ι α ε η   α ι α η   ε   α ι ε υ η ι ε   ω ω ω ω ω   ε υ η ω ι α ω α ι

Papyrus de Paris, ligne 1011.

ι α ο η ι· ο υ ε η ι· ε η ι· ε υ ο η ι· α η ι· η ι· ι α ο η ι

Papyrus de Paris, lignes 1040 et 1043.

ι α ω   α ω ι   ω ι α   α ι ω   ι ω α   ω α ι

Papyrus de Paris, lignes 1130 et 1207.

ι ε ο υ ω η· ι α η· α ι· η ω υ· ο ε ι

Papyrus de Paris, ligne 1183.

α ω ε υ η ο ι α ι ο η υ ε ω α


Papyrus V (Musée des Antiquités de Leyde)

Papyrus V de Leyde, col. 6, l. 14.

ι α ω   ο υ ε η   ω η ω   ω η ω   ι ε ο υ ω η ι   η ι   α η α ι η ω υ ο

Papyrus V de Leyde, col. 10, l. 24.

η ι   ι ε ο υ


Papyrus W (Musée des Antiquités de Leyde)

Papyrus W de Leyde, p. 2, l. 34, et p. 4 l. 16 et 19.

α α α   η η η   ω ω ω   ι ι ι   α α α   ω ω ω

Papyrus W de Leyde, p. 5, l. 41 ; p. 14, l. 27 ; p. 14, l. 34 et p. 20, l. 19.

α   ε ε   η η η   ι ι ι ι   ο ο ο ο ο   υ υ υ υ υ υ   ω ω ω ω ω ω ω

Papyrus W de Leyde, p. 13, l. 11 et p. 14, l. 34.

α ε η ι ο υ ω   ε η ι ο υ ω   η ι ο υ ω   ι ο υ ω   ο υ ω   υ ω   ω

ω υ ο ι η ε α   υ ο ι η ε α   ο ι η ε α   ι η ε α   η ε α   ε α   α

Papyrus W de Leyde, p. 18, l. 27.

ι α ω   ο υ η ε   ι α ω   ο υ η ε   ι ε ο υ   α η ω   ε η ο υ   ι α ω

Papyrus W de Leyde, p. 19, l. 14.

ι ε ω·   ο υ ε·   ω η ι   υ ε   α ω   ε ι ω υ   α ο η   ο υ η   ε ω α   υ η ι   ω ε α   ο η ω   ι ε ο υ α ω

Papyrus W de Leyde, p. 19, l. 17.

ι α η   ε ω ο   ι ο υ   ε η ι   ω α   ε η   ι η   α ι υ ο   η ι α υ

ε ω ο   ο υ η ε   ι α ω·   ω α ι·   ε ο υ η·   υ ο η ι·   ε ω α

Papyrus W de Leyde, p. 20, l. 2.

ι υ ε υ ο   ω α ε η   ι α ω   α ε η   α ι ε η   α η   ι ο υ ω

ε υ η   ι ε ο υ·   α η ω·   η ι·   ω η ι   ι α η   ι ω ο υ η   α υ η

υ η α   ι ω ι   ω α ι ι ω α ι   ω η   ε ε ο υ   ι ω   ι α ω


Inscriptions sur des amulettes

Ulrich Kopp, Palaeographia critica, t. III, § 255. (Texte vocalique inscrit sur une amulette.)

α ε η ι ο υ ω

ε η ι ο υ ω α

η ι ο υ ω α ε

ι ο υ ω α ε η

ο υ ω α ε η ι

υ ω α ε η ι ο

ω α ε η ι ο υ

Ulrich Kopp, Palaeographia critica, t. III, § 255. (Texte vocalique inscrit sur une amulette.)

ι ε ο υ ω η ι α η α ι η ω υ ο ε ι

ι ε α η ο υ η ω ω α η υ ο ε ι

ο η ω α ο ε υ ο ι η ο υ υ η

ι ω ε η ο α υ α ε η υ ω υ ω

ι ο υ ε η η ω α ω ο υ ο ι ω ο

η ε ω ω ι ω ω ο υ ω η η ι ο ι


Pierre du théâtre de Milet — Première inscription

Première colonne

ι ε ο υ α η ω

α ε η ι ο υ ω

Deuxième colonne

ι η ω α υ ε ο

ε η ι ο υ ω α

Troisième colonne

υ α η ο ι ω ε

η ι ο υ ω α ε

Quatrième colonne

η ο υ ι α ω ε

ι ο υ ω α ε η

Cinquième colonne

η ι ε ο υ ω α

ο υ ω α ε η ι

Pierre du théâtre de Milet — Seconde inscription

α ε η ι ο υ ω

ε η ι ο υ ω α

η ι ο υ ω α ε

ι ο υ ω α ε η

ο υ ω α ε η ι

υ ω α ε η ι ο

ω α ε η ι ο υ


Incantation de source inconnue

Cette incantation est citée sans indication précise de provenance par Edmond Bailly dans « Le Chant des voyelles, comme invocation aux dieux planétaires », Librairie de l'art indépendant, Paris, 1912.

ο ι ε η ι α ο   ι η υ η ι ω υ   ε υ ο η ι α ο   ι ω υ η ο ε α   ω ο ι ω ο ε α

α ε ο ω ι ο ω   α ε ο η υ ω ι   ο α ι η ο υ ε   υ ω ι η υ η ι   ο α ι η ε ι ο

α ι ω      ω α ι      ι α ω      ω         ω


La lyre heptacorde.

La lyre heptacorde est un instrument à sept cordes, dont on doit l'invention à Terpandre, originaire de Lesbos.

Selon la conception de Terpandre, la nète (note la plus aiguë de la lyre) et l'hypate (note la plus grave) sont en intervalle d'octave. Cet intervalle implique que l'échelle compte six degrés, et non sept, la septième note étant l'octave de la première. Les Gnostiques attribuant à chaque corde une voyelle, dans l'ordre alphabétique grec (α ε η ι ο υ ω), en allant de l'aigu au grave, l'α (la nète) et l'ω (l'hypate) seraient la même note à l'octave, et l'expression « Je suis l'α et l'ω » s'avérerait dans l'intervalle de l'heptacorde.

Comme les Grecs accordaient la nète et l'hypate par rapport à la corde centrale (la mèse), c'était donc probablement en intervalle de quarte et de quinte. Par exemple, l'intervalle mèse-nète en quinte et l'intervalle mèse-hypate en quarte.

De l'aigu au grave, à la façon de la musique grecque antique, l'échelle de Terpandre pouvait s'égréner ainsi : mi, ré, si, la, sol, fa, mi.