MARCELIN MOINE

YOD

I. Ici

L'étrange soirée ! Tout ce dont je me souviens, c'est que j'étais devant une porte. La clef tourne lentement dans la serrure, j'entre. La lumière chasse faiblement l'obscurité de la pièce.

Je pose mon chapeau par terre, ainsi que mon manteau ; il me semble alors que tout cela fait partie de mes habitudes, mais je n'en vois pas la cause. Il est vrai aussi que j'ai un terrible mal de crâne.

[Ici, transmission défectueuse ; seconde voix indifférenciée couvrant la première.]

YHWH Diane... tu arcanes... subagva en... quartetral... as d'étain... vapeur net... est-centre... et poterne...

[Reprise.]

Je souffle un peu. L'escalier est toujours aussi long jusqu'ici. Pourtant je ne me souviens d'aucun escalier. Mais le plus bizarre, c'est le poids du silence. Le premier venu aurait juré se trouver dans une cathédrale. D'ailleurs, le premier venu, ici —  le seul —, c'est moi. Et c'est cela aussi qui est peu ordinaire. Pourquoi ce lieu est-il déserté par tout le reste du monde ?

Avec un tel mal de tête, je me suis allongé sur le divan et, insensiblement peut-être, me suis-je endormi. Sans m'être rendu compte, devant le miroir impassible, de la présence inexpliquée d'une bosse énorme sur mon crâne.

C'est ainsi que j'ai dû quitter la maison silencieuse et que la lumière qui vacillait s'est éteinte.

II. Dedans

De plus en plus, je m'en aperçois maintenant, mes rêves les plus récents semblent coulés dans du béton. Tout commence dans un univers clos. Cette fois-ci, ils m'ont enfermé dans une sorte de bureau vide sans fenêtre. Ils m'ont dit d'attendre ici.

Derrière le mur, c'est la ville. Et moi je resterai là, tandis que des gens parlent dans la rue ? J'irai dans cette ville où les gens s'agitent — mais ne me parlent jamais. Peut-être ont-ils quelque chose contre moi, qui, pourtant, ne fais rien à personne. D'ailleurs, je ne les écoute pas, non plus. Je les entends vaguement. Dans un ronronnement artificiel qui ressemble au silence des lieux imaginaires.


Je suis sorti de la pièce pour pénétrer dans un couloir, long, et qui tourne continuellement ; peut-être pour arriver au centre de la spirale — le seul point commun avec le réel.

Au bout du couloir, j'ai trouvé le seuil de la bulle rigide où un cadavre est affalé. Et tout est bousculé. Je ne l'ai pas vraiment regardé, je sais seulement qu'il a le visage contre le sol.

Moi, je ne finirai pas comme lui ! Je fuis.

Le ronronnement artificiel s'est maintenant changé en crépitement artificiel. Je m'avance vers l'escalier qui conduit au hall. Il y a du monde, en bas, mais ils sont tous occupés.

« Le jour est venu. »

Dès cet instant, le silence se fait. Je descends les marches de l'escalier. Lentement. Les battements se calment aussi. Personne ne me regarde ; personne ne se doute donc que j'existe. Pour eux, c'est comme s'il n'y avait personne qui descendait les marches à pas lourds.

Plus qu'un jour.

Me suis-je évadé ?

III. Dehors

Non, je suis encore dans la ville infinie. L'air balaie la rue. J'ai chaud encore un moment. Je me mets à marcher vers le rendez-vous que je me suis fixé. On m'y attend peut-être ! Et me voici. Presque libre ? Libre d'errer à travers l'ennui d'une cité inutile.

D'abord la rue. Ensuite viendra le moment de partir à la recherche de la poterne. La poterne ! Il y en a une, c'est sûr, mais où l'ont-ils située ? Me l'indiquera-t-on au rendez-vous ?

D'abord la rue. Jamais passé par là. C'est peut-être pour cela que je ne me sens pas à mon aise. S'ils comptaient me rencontrer, cela ne serait-il pas fait depuis longtemps ?

Guère de monde, non plus. Je n'aperçois même pas les gens qui ont parlé dans la rue, tout à l'heure.

Maintenant, je frémis. Qui était ce mort dans la pièce en forme de bulle ? Un avertissement ?

[Brusque interruption de la transmission. Reprise après quelques instants de grésillement.]

Sans raison apparente, je suis assis à la table d'un café aux murs couverts de tableaux. Devant moi s'étale une petite place qui vibre, et les vibrations emplissent ses arcades lumineuses.

« Qui l'a tué ? Comment le savoir ? Pour ma part, j'ai simplement voulu sortir. Pas de mal à ça. »

Pour le moment, en écoutant les vibrations de l'air, j'ai l'impression de réentendre un air étrangement familier. C'est lui, en effet. Et le voici sifflé par une bouche inconnue. Qui m'appelle ? Y aurait-il un signal convenu ? Et on ne m'a pas averti ! La poterne ! C'est peut-être pour cela...

« Que voulez-vous ?

— Moi ? Rien. »

C'est faux, je veux gagner un jour. Mais le garçon de café n'a pas à le savoir. J'ouvre les yeux et je me lève. Il était temps. Je cherche des yeux le siffleur. En vain. La rue elle-même semble ne rien avoir entendu.

Qu'est-ce que je fais là ? Je croyais être dans un café.

« Excusez-moi, n'y aurait-il pas un café ici ? Et une petite place avec des arcades ?

— Ici ?

— Oui... tout près, je crois. J'ai dû me perdre...

— Allez tout droit, il y a une place. La plus proche d'ici.

— N'y en a-t-il pas une du côté d'où je viens ?

— Je ne sais pas. Je ne sais pas d'où vous venez. Et je ne connais pas de place avec des arcades ici. Vous devez vous tromper.

—  Sûrement... Excusez-moi. »

Il ment. Comme tous les autres. Mais je serais bien embarrassé de lui dire d'où je viens. Totalement désorienté. Et puis, où ai-je entendu parler d'une place et d'arcades ?

Tout ça, c'est encore leur faute !

J'ai marché tout droit.


Évidemment, c'était à prévoir : cette place-là ne ressemble en rien à celle que je cherche. Tout est neuf. Et c'est désolant. Peut-être, en montant dans ces gratte-ciel verrai-je le bout de la ville.

J'ai pris l'ascenseur, je suis monté.

Je n'ai rien vu. Ils n'ont oublié que les fenêtres, le plus important. Peut-être à cause des suicides, des accidents diplomatiques... Pour éviter l'asphyxie, on embrasse de temps à autre de voluptueuses bouches d'aération. Pas besoin de fenêtres, pas de distraction dans le travail, non plus.


J'ai donc poursuivi, à l'aveuglette. Jusqu'à cette rue sans issue où je me suis rappelé que j'avais un plan dans ma poche. Je me rends compte, maintenant, de l'escroquerie : des pages blanches ! Comment me retrouver dans tout ce dédale parcouru ?

Qui peut savoir ce qui se cache derrière une rue sans issue ? La seule chose à faire, c'est d'aller y voir.

IV. Derrière

Au bout, il y a une porte. Il suffit de l'ouvrir. Puis la porte se referme. Étrange qu'il fasse aussi clair ici. Il est vrai que je suis encore sous l'effet de l'habitude : mon appartement est très sombre, lui, et tout est si calme ! De chaque côté du couloir central, je découvre des salles —  sans doute des salles de classe.

Le silence s'efface peu à peu, au fur et à mesure que j'avance, devant une confusion de voix qui sourd d'une grande salle engloutissant le couloir. La seconde et la dernière. Juste aboutissement.

« À toi la parole. »

Moi, je m'assieds. Et peut-être me suis-je mis à écouter. Peut-être, mais pas par curiosité.

« Nous n'avons rien à leur apprendre, nous n'avons pas le droit de juger. Nous devons plutôt juger ceux qui se donnent ce droit d'arbitrage. Malgré l'hostilité et la repression de l'autorité en place. »

Il a raison. Pourquoi sont-ils aussi peu nombreux à approuver la vérité ? Les autres ont peut-être peur de la répression...

La répression ! Ils en ont pris un, encore ce matin, juste devant moi. Je l'ai regardé : il était le seul à être sincère. Les autres ont continué, enfermés dans des règles du jeu dont ils ignorent l'arbitraire. À croire que c'est l'ordre des choses.

Quant à moi, il me semble que c'est ici le seul endroit de la ville où je sois proche de la liberté. Mais suis-je encore dans la ville ? Encore une porte à franchir pour m'en assurer. Cette porte, c'est la dernière, enfoncée dans l'un des murs de la salle.

Cette rue sans issue, ce couloir, ces voix... La poterne se trouverait dans une rue sans issue ? Et moi, qui a guidé mes pas ?


Et quand la porte fut ouverte, je me suis surpris à m'interroger tout haut sur ce que j'apercevais entre le soir et la nuit. Alors la voix, derrière moi, qui doucement s'était approchée, m'a répondu. « Ce sont des arbres dans la campagne. Au-dessus, c'est le ciel. »

Je ne me suis pas retourné. J'ai cru que je rêvais. Je n'avais jamais vu.

Je me suis alors souvenu de la veille d'un départ. La voix avait dit :

« Tu viendras me voir, un jour ? »

Car elle m'a parlé comme si je n'étais pas que de passage. Alors je lui ai demandé, comme si j'y croyais encore :

« Où habites-tu ?

— Dans un village. Un vieux village avec une vieille place, et de vieilles arcades tout autour de la place. Dans un coin, il y a un café. Tu verras. Il y a des tableaux accrochés aux murs. Plein de tableaux. »

Mais elle est partie. Tous sont aussi partis de leur côté. Il n'y a jamais rien eu derrière une rue sans issue.

[Ici, transmission défectueuse ; seconde voix indifférenciée couvrant la première.]

Premier axiome : Dans toute axiomatique, il n'y a qu'un axiome et un seul.

V. Devant

En marchant sur la dune, je me suis demandé comment j'avais pu arriver là. Ce n'a duré qu'un court instant, puis je ne me suis plus rien demandé.

Il n'y a personne. À part un arbre à moitié brûlé au milieu du sable, un tronc d'arbre mort tel un terrible tendron égalitaire.

Encore un mort. On dirait que la vie dégoûte les âmes les plus tenaces.

Il reste encore un peu de cendre sur des pas qui s'enlisent. La voici donc, la terre où rien ne pousse. Et tout ce à qui il prend la folie d'y vivre s'émiette, s'effrite. Tout y pourrit peu à peu. Le temps aussi, il fait comme les autres, il se couche face à la mer et il attend. C'est ce que j'ai fait. En attendant que le temps meure après une longue agonie. Pour le passer, j'ai scruté. Tellement que j'ai reconnu des traces de pas enfoncées dans le sable. Il y a donc quelqu'un qui passe quand le soleil décline ? Quelqu'un qui vit ici où rien ne pousse ? Comment vivre sur ce semblant de terre ?

De sable... On n'y vit pas. On attend. Attendre qui ? Il n'y a personne. On attend quand même. C'est plus fort que soi. Ce n'est pas vivre, évidemment, mais ici, on peut perdre du temps. Le temps agonise, mais personne ne s'en plaint.


L'obscurité s'est abattue sur les dunes.

Je rêve ? Il y a donc quelqu'un ?

« Ah ! C'est toi ? Ainsi, sans savoir, c'était toi que j'attendais ? »

L'un de nous deux parle, mais je ne réussis pas à savoir lequel. Ici, il n'y a rien à apprendre, de même qu'il n'y a rien à apporter avec soi en arrivant. Derrière les axiomes, il n'y a rien.

« Tout est fini. Le temps est mort au moment où nous nous sommes rencontrés. »

L'un de nous deux parle, mais je ne réussis pas à savoir lequel. L'autre, après avoir trop longuement médité s'est mis à trembler et à délirer. Et quand je me suis retourné pour dire qu'au contraire tout commençait... il ne restait plus rien.

On avait disparu.

Il ne reste plus rien. Et je suis à nouveau seul. Je me réveille.

[Reprise.]

VI. Avant

À nouveau, je me retrouve. Un peu plus égaré. Souvent, maintenant, je me surprends à m'interroger sur la façon dont j'ai pu entrer et m'emprisonner dans cette citadelle interdite.

Un instant d'aveuglement ? Il me semble que je suis apparu, un jour, sans m'en rendre vraiment compte, dans un long couloir intemporel. Non, ce n'était ni long ni court. C'était. Passeur opiniâtre, je ne pensais pas. Il n'y avait pas une infinité de portes, au départ, et les promenades dans l'intemporel se terminaient par l'ouverture de l'une d'elles. Avant, il n'y avait pas de comparaison.

Une porte s'est ouverte et la réalité m'est apparue d'un seul bloc. J'en suis resté presque écrasé sous le poids du temps. Jusqu'à ce que je trouve l'instant présent, l'atome de la réalité.

L'atome de la conscience immédiate des choses : je l'ai vu. Il ressemble à une goutte d'eau, à une bulle, transparente et dense. Il fallait rester dans un instant pour se délivrer de sa pesanteur.

Il y a comme une seconde d'éclair quand la porte se dérobe : les yeux se ferment.


Je m'aperçois en les ouvrant que je suis sur une route sinueuse qui gravit la colline avec accablement. Là, perché du plus haut que je peux, j'aperçois la mer. D'un autre côté, c'est un petit village couronnant un coteau.

Aucune pancarte, mais un malaise indéfinissable. Des maisons abandonnées, un croulement général qui s'épuise... Pourtant il doit bien se trouver ici un semblant de vie, parmi ces cadavres comme parmi les cendres, sur la dune. Il y a bien une place au milieu des décombres, oui, une place entourée d'arcades, quelques boutiques, un café et, moulant les murs, des tableaux qui meurent en silence.

C'était ici. Seulement, j'arrive trop tard. Une épidémie a peut-être traversé le village comme je le fais maintenant. Le monde est devenu un désert, depuis peu. Dans le café, je me suis assis sur une chaise dans l'obscurité, fixant l'entrée du regard, la tête vide.

Maintenant je frémis. Qui était ce mort dans la pièce en forme de bulle ?

VII. Après

L'instant passe. Il me semble avoir déjà attendu de la sorte quelqu'un qui n'est jamais venu. Je me lève, j'avance en évitant les tables, j'arrive à l'entrée. L'éclat du soleil pénètre mes yeux, me laissant probablement aveuglé. Aveuglé, mais pas blessé : un éblouissement sans douleur. Il fait chaud au soleil.

J'ai entendu. Cette fois, j'en suis sûr. L'instant vient de passer et tout vient de changer. Un ronronnement sourd, puis une voiture avance vers moi.

« Arrête ! C'est moi ! »

Mais elle ne me voit pas. Je cours encore. La voiture passe. Aveuglé du soleil que ses vitres réfléchissent sur moi.

« Arrête ! C'est moi ! »

Mais je butte contre des gens, des murmures, des bourdonnements dont les rues se sont emplies, ainsi que ma tête.

« Vous ne pourriez pas faire attention ! »

[La communication est brouillée par moments.]

J'ai dans les yeux le souvenir d'une conscience immédiate d'un visage dans le vent rapide du vide.

Maintenant seulement je crois comprendre à la fois pourquoi le soleil ne me blessait pas et pourquoi l'on ne m'a pas vu.

Des gens crient, le village a disparu. Je me retrouve en train de courir dans une rue de la ville infinie. Un instant vient de passer.

VIII. Maintenant

C'est maintenant que tout finit. La nuit peu à peu s'est glissée vers la maison silencieuse. Les heures ralentissent imperceptiblement à travers les vibrations d'une pendule qui s'essoufle. Pourquoi fait-il toujours aussi sombre chez moi ? Et d'où vient ce son étouffé d'une mélodie ?

Je me dis que le sursaut décisif va bientôt vibrer ; ce sera le moment de m'évader. La mer agitera son flot en un léger clapotis et engloutira tout avec douceur.

De ma fenêtre, on aperçoit la mer. Je n'avais jamais remarqué. La ville s'est presque totalement désagrégée. Quand je pousse les volets, ils s'éloignent sans bruit et se détachent ; chacun se noie de son côté, si loin que j'ai peine à les discerner encore flotter dans l'apesanteur.

La mer est maintenant au pied de ma maison. Elle l'entoure, la serre. Nous sommes isolés et il ne reste plus rien autour. Rien qu'une étendue liquide et corrosive. Ce sera bientôt mon tour.

La pendule s'est arrêtée. Je pars.


Les escaliers craquent en silence. La porte d'entrée où j'arrive semble la porte d'une cathédrale. Il faut que je sorte d'ici. La masse s'ouvre et se referme.

Personne dans la ville. Il n'y a plus que moi et le bruit de mes pas. La pluie commence à tomber, s'accordant à voiler mon chemin dans l'obscurité.

J'ai tendu l'oreille, écarquillé les yeux. Dans le brouillard, au loin, j'ai deviné une forme bouger et la faible lueur oscillante d'une lanterne. J'ai suivi la lumière.

[Crépitements soudains. Un cri aigu et métallique. Coupure momentanée, puis reprise.]

Je ne me suis pas rendu compte que j'ai traversé la ville. Marchant très vite, j'atteins la mer, je passe un petit port de pêche sombre et silencieux, je suis la route qui longe la terre. J'arrive aux dunes.

Voilà. C'est ici, maintenant. D'ailleurs je sens que je ne pourrai aller plus loin.

Je tombe sans jamais atteindre la terre.

IX. Nulle part

Une atmosphère étrange, blanchâtre, un couloir qui tourne en spirale. La bulle entrevue : vide, cette fois. J'avance dans l'autre sens, je m'éloigne du centre, porté très vite, dans une accélération extrême qui s'accompagne soudain d'une sonnerie aiguë, d'un tumulte, d'une agitation forcenée. Une panique irraisonnée s'empare de moi.

La porte s'ouvre !

Je dévale les quelques marches qui mènent au jardin. La maison de la rue sans issue s'éloigne derrière moi. Projeté sur le chemin de terre dans un bruit de course rapide et de cris confus qui s'emballent, c'est tout juste si j'ai remarqué que c'est le matin et que le jardin est magnifique, avec ses arbres, sa terre arrosée de soleil. Je tourne la tête vers mes poursuivants.


Alors il se passe quelque chose d'incroyable. Le silence le plus total implose dans mes oreilles. Personne dans le parc ni sur le chemin, au loin la bâtisse blanche comme une citadelle interdite. Et la grille se referme sur ce vide, d'un coup.

Rien d'autre qu'un petit carton : SILENCE. Dès lors, le silence s'abat sur la campagne aussi. Je pars à travers les champs.

[Transmission de plus en plus difficile. Nombreux parasites.]

Un petit ruisseau coule non loin de là. Je le suis.

J'arrive maintenant en vue d'une sorte de pont. Une seule arche. C'est extraordinaire. J'entends quelqu'un parler. La voix vient de l'eau, sous l'arche elle-même. Est-ce ma voix que j'entends ? Je me penche sur l'eau. Je regarde au travers. Derrière, c'est comme un brouillard. À l'intérieur, je discerne vaguement la forme de quelqu'un qui balance lentement une lanterne dont la faible lueur me parvient.

« Une fois franchie, l'arche t'apparaîtra comme l'une des arcades de la petite place que tu recherches. L'arche est la poterne. »

L'arche est la poterne !

[Brusque arrêt de la communication. Cette fois, définitif.]

X. Jamais

Il me faudra un jour partir à la recherche de l'Émetteur. J'ai bien noté l'itinéraire au fur et à mesure qu'il m'était transmis. Mais comment restaurer les moments perdus dans les grésillements, les parasites, les superpositions de fréquences étrangères ? Comment ces vides pourront-ils jamais être comblés ?

Depuis que tu as disparu, tu savoures seul la compréhension totale.

Moi, et pour longtemps encore, je ne comprends toujours rien.




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Marcelin Moine, Cambrils, juillet-août 1971.
© Éditions Magis Optis, 1971.