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MÊME APRÈS



M ême après, même après que tu aurais dit que nous, non, ce n'est pas possible, que cela ne sera jamais possible, on serait incapable de ne pas t'attendre. Une chose sans volonté aucune espérerait encore, seulement régie par l'exigence du désir, de ce désir contre lequel on ne peut rien.

On resterait figé dans ce désir qu'on a de toi.

Il le faudrait. Fatalement, cela serait ainsi : il les faudrait, cette attente de ta venue et cet espoir que tu me prennes, tu me rendes vie.

Cette attente : toi, tu ne viendrais pas. Longtemps, sans doute, tu ne viendrais pas. Tu te dirais :

« Je n'irai pas, c'est ainsi qu'il souffrira moins.

« Ainsi, il m'oubliera. Une autre femme approchera, comme d'autres avant moi, peut-être une déjà aimée, il m'oubliera. Il oubliera ma voix, mon visage, mon corps : il oubliera le toucher de mon corps lorsque sa main touchera l'autre corps.

« Il finira par oublier le bonheur de la main que je lui ai cédée un soir. Il oubliera ce soir, la raison, l'irraison de ce soir.

« Il oubliera aussi cette souffrance des mots toujours tus, les mots d'amour, les mots où il aurait voulu sombrer.

« Je n'irai pas, c'est ainsi qu'il souffrira moins. »


Elle viendra, on se dirait. Un jour où tout sera possible, un jour, demain ou ce soir même, maintenant. Tout est possible, tout est ouvert et libre.

Elle va venir, elle vient. Elle sait tout de mon attente, elle sait tout ce qu'elle a fui de ce bonheur. Aujourd'hui, les images montent d'elle, de ces profondeurs d'elle où j'existe toujours, où elle m'aime encore.

Elle ne savait pas, elle sait, elle vient.

Elle est au seuil de moi, elle entre, elle monte vers moi couché sur mon souvenir d'elle. Elle me prend dans le silence de l'amour.

Chaque nuit elle vient, me regarde rêver, rassurée que c'est d'elle.

Chaque nuit, sans me réveiller, elle se couche auprès de moi. Dans le silence de l'amour, elle sait : « Il m'attend. »